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Opinion Politique & gouvernance 8 min read

Le mythe de la dédollarisation : pourquoi les réserves mondiales racontent une autre histoire

La part du dollar dans les réserves mondiales est tombée à 56,9 %, son plus bas depuis 1994. Mais 92 % du recul du deuxième trimestre 2025 s'expliquent par l'arithmétique des taux de change, non par des ventes de banques centrales. Le mythe de la dédollarisation s'effondre à l'examen des données.

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Global currency symbols illustrating the de-dollarization myth

Le mythe de la dédollarisation est devenu l’un des récits les plus tenaces de la finance mondiale. Les sommets des BRICS génèrent des gros titres affolés sur l’effondrement imminent du dollar. Des politiciens de Pékin à Brasília parlent de s’affranchir de l’hégémonie financière américaine. Pourtant, les données réelles racontent une histoire faite de changements imperceptibles, d’illusions mathématiques et d’une absence totale d’alternatives crédibles.

La part du dollar dans les réserves mondiales de change a diminué. C’est un fait. Selon les données du FMI, elle est tombée à 56,9 % au troisième trimestre 2025, contre 72 % en 2001[s]. C’est le niveau le plus bas depuis 1994. Les gros titres annoncent l’effondrement de la domination du dollar. Mais le mythe de la dédollarisation s’effondre dès qu’on examine ce que les banques centrales font réellement de leur argent.

Le mythe de la dédollarisation face aux chiffres bruts

Les banques centrales étrangères détiennent 7 400 milliards de dollars d’actifs libellés en dollars. Ce chiffre est resté essentiellement stable depuis 2014[s]. Les banques centrales ne se débarrassent pas de leurs dollars. Elles ajoutent davantage d’actifs libellés dans d’autres monnaies, notamment des devises plus modestes comme le dollar australien et le dollar canadien, tandis que leurs avoirs en dollars restent à peu près constants. La part en pourcentage diminue parce que le dénominateur augmente, et non parce que les banques centrales fuient le billet vert.

L’analyse propre de la Réserve fédérale confirme ce schéma. La part du dollar était de 58 % en 2024 et est restée « fondamentalement inchangée depuis 2022, où elle représentait 58 % des réserves, ce qui suggère que les sanctions américaines contre la Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine n’ont pas suscité de craintes de « weaponisation » du dollar entraînant une réorientation notable des réserves »[s].

L’illusion des 92 %

Le mythe de la dédollarisation devient encore plus fragile quand on comprend comment se calcule la part des réserves. Au premier semestre 2025, l’indice du dollar a fortement reculé dans un contexte d’incertitude tarifaire et de confusion sur la politique de la Réserve fédérale. La part du dollar dans les réserves a baissé en conséquence. Voici cependant le détail crucial que la plupart des analyses ignorent : 92 % du recul de la part du dollar dans les réserves au deuxième trimestre 2025 ont été provoqués par des mouvements de taux de change, et non par des ventes actives de la part des banques centrales[s].

Lorsque le dollar s’affaiblit, les avoirs non libellés en dollars semblent automatiquement plus importants en termes de dollars, même si aucune banque centrale n’a modifié une seule position. Ce n’est pas de la dédollarisation. C’est de l’arithmétique. Le mythe de la dédollarisation confond les fluctuations de valorisation avec une réorientation stratégique.

La domination transactionnelle dont personne ne parle

Les parts de réserves ne reflètent qu’une partie de la domination du dollar. La Banque des règlements internationaux a constaté que le dollar intervenait dans près de 90 % des transactions mondiales de change en 2022, dominant l’ensemble des instruments et des contreparties des marchés des changes[s]. La Réserve fédérale, citant la même enquête triennale de la BRI, note que la part du dollar est de « près de 88 % des transactions mondiales de change » et précise que « cette part est restée stable au cours des 20 dernières années »[s]. L’indice global d’utilisation internationale des devises de la Fed est resté dans une fourchette étroite comprise entre 65 et 70 depuis 2010[s].

Les marchés des bons du Trésor américain restent les marchés de dette souveraine les plus vastes et les plus liquides au monde, avec une avance qu’aucun concurrent n’approche[s]. Les données SWIFT montrent que le dollar représentait 50,49 % des paiements mondiaux en décembre 2025, soit plus du double de la part de l’euro, à 21,9 %[s].

Les BRICS : beaucoup de discours, peu de propositions

Le mythe de la dédollarisation trouve ses défenseurs les plus bruyants au sein du bloc des BRICS. La Russie et la Chine ne cessent de parler de réduire leur dépendance au dollar. Pourtant, un fait fondamental sape l’ensemble du discours : il n’y a jamais eu de proposition formelle au sein des BRICS en faveur de la dédollarisation[s]. Le sommet de 2009 a publié une déclaration vague sur un « système monétaire international plus diversifié ». C’est là le point culminant des mesures concrètes.

L’Inde, l’un des plus grands membres des BRICS, rejette explicitement l’ensemble de cette prémisse. Le ministre des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar a déclaré en mars 2025 que « le dollar en tant que monnaie de réserve est la source de la stabilité économique internationale, et ce dont le monde a besoin aujourd’hui, c’est de davantage de stabilité économique, et non de moins »[s]. Le ministre du Commerce Piyush Goyal s’est montré encore plus direct : « Imaginez que nous partagions une monnaie avec la Chine. Nous n’avons aucun plan. L’idée d’une monnaie BRICS est tout bonnement impensable »[s].

L’alternative qui n’existe pas

Le mythe de la dédollarisation exige un remplaçant crédible, et il n’en existe aucun. Le renminbi chinois ne représente que 2,1 % des réserves mondiales, à peu près au même niveau qu’en 2020[s]. Malgré le poids économique de la Chine, le yuan reste strictement contrôlé, non pleinement convertible, et profondément méfié par les gestionnaires de réserves en dehors de la sphère d’influence politique de Pékin.

L’euro occupe la deuxième place avec environ 20 %, mais une étude du Parlement européen a conclu qu’« un déclin rapide du dollar américain ou un basculement vers un système monétaire multipolaire aux monnaies de réserve comparables est hautement improbable »[s]. L’étude notait que l’or avait dépassé l’euro comme deuxième actif de réserve le plus important, « reflétant son immunité aux sanctions et aux dysfonctionnements politiques », et soulignait « la perception que l’euro n’est pas une alternative crédible au dollar »[s].

Une analyse de GIS Reports a classé les alternatives monétaires des BRICS comme le scénario « le moins probable », notant que « à l’exception du renminbi et du rouble, le bilan des monnaies BRICS en termes de liquidité et de stabilité est loin d’être brillant »[s].

Une stagnation déguisée en révolution

Le mythe de la dédollarisation persiste parce qu’il sert des objectifs politiques. La Russie et la Chine ont des raisons évidentes de vanter des alternatives après les sanctions occidentales. Les politiciens nationalistes du monde entier trouvent utile la rhétorique anti-dollar. Les médias financiers ont besoin de spectacle. Mais les données révèlent une autre histoire : non pas un effondrement, mais une diversification lente vers des monnaies plus modestes ; non pas une réorientation stratégique, mais une gestion de portefeuille ; non pas une révolution, mais de l’arithmétique.

Steven Kamin, chercheur principal à l’American Enterprise Institute, a déclaré à l’agence Anadolu qu’« une grande partie du recul du dollar américain dans les réserves s’explique par la volonté des gestionnaires de réserves de se diversifier en ajoutant des monnaies non traditionnelles, comme le dollar canadien ou le dollar australien »[s]. Ce n’est pas de la dédollarisation. C’est de la théorie de portefeuille élémentaire.

Le dollar ne perd pas son statut de monnaie de réserve. Il perd son monopole, au rythme d’environ 0,6 point de pourcentage par an depuis 2001[s]. À ce rythme, le dollar dominerait encore les réserves mondiales pendant des décennies. Le mythe de la dédollarisation confond un déclin progressif avec un basculement soudain, et confond la rhétorique avec la réalité. Les chiffres ont toujours raconté une autre histoire. Peu de gens prennent la peine de les lire.

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Sources