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Histoire 23 min de lecture

Opération Gladio : les armées secrètes NATO et quatre décennies de violence politique en Europe

Pendant 40 ans, les armées secrètes NATO ont opéré à travers l'Europe occidentale, armées d'explosifs et ne rendant de comptes à aucun parlement. Quand le Premier ministre italien révéla le réseau en 1990, il dévoila 622 opérateurs et une piste à travers les attaques terroristes les plus meurtrières d'Europe.

Cet article a été traduit automatiquement de l'anglais par IA. Lire la version originale en anglais →
Photographie historique liée aux armées secrètes NATO et aux tensions politiques de la guerre froide en Europe
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Pendant quatre décennies, un réseau de soldats secrets a opéré à travers l’Europe occidentale, dissimulé aux gouvernements élus et ne rendant de comptes à aucun parlement. Ces armées secrètes NATO étaient armées de mitrailleuses, d’explosifs et d’équipements de communication haute technologie, le tout enterré dans des bunkers souterrains et des caches forestières. Leur objectif officiel était de résister à une invasion soviétique qui n’eut jamais lieu. Leur héritage officieux est bien plus sombre.

Le 24 octobre 1990, le Premier ministre italien Giulio Andreotti s’est présenté devant le parlement de son pays et a confirmé ce que les enquêteurs soupçonnaient depuis des années : une organisation paramilitaire clandestine appelée Gladio avait opéré en Italie depuis le début des années 1950.[s] Andreotti a décrit une « structure d’information, de réaction et de sauvegarde », énumérant 622 opérateurs civils et 127 caches d’armes qui avaient été depuis démantelées. Cette révélation a envoyé une onde de choc à travers le continent, car l’Italie n’était pas seule.

Armées secrètes NATO : construites pour la guerre, actives en temps de paix

Les origines des armées secrètes NATO remontent au début de la guerre froide, quand les dirigeants occidentaux craignaient que les chars soviétiques ne déferlent sur les plaines d’Europe occidentale. S’inspirant de l’expérience britannique en temps de guerre avec le Special Operations Executive, qui avait organisé des réseaux de résistance en territoire occupé par les nazis, la CIA et le MI6 britannique ont commencé à construire des cellules clandestines pays après pays.[s]

Ces réseaux opéraient sous différents noms de code dans chaque pays : Gladio en Italie, SDRA8 en Belgique, P26 en Suisse, Absalon au Danemark, ROC en Norvège. À la fin des années 1950, la coordination passait par deux comités NATO au quartier général des forces alliées en Europe (SHAPE) : le Comité de planification clandestine, établi vers 1951, et le Comité allié clandestin, créé en 1957.[s]

Les opérateurs étaient formés au sabotage, à la guerre de guérilla, aux voies d’évasion et aux communications clandestines. Les caches d’armes contenaient des explosifs C4, des mitraillettes et des équipements radio. En Belgique seulement, un inventaire de 1991 a répertorié environ 300 armes, incluant des carabines M1 et des mitraillettes MP40, plus des « armes en cocon », des armes emballées pour un stockage souterrain à long terme.[s]

Les années de plomb en Italie et la stratégie de la tension

L’Italie a enduré une période de violence politique extraordinaire de 1968 au milieu des années 1980, connue sous le nom d’années de plomb (Anni di piombo), qui fit 428 morts et environ 2 000 blessés.[s] Attentats à la bombe, assassinats et enlèvements provenaient à la fois de groupes d’extrême gauche et d’extrême droite. Mais un schéma émergea dans les attaques les plus meurtrières : des bombes placées dans des espaces publics, initialement attribuées aux groupes de gauche, puis retracées vers des organisations néofascistes avec des liens apparents aux services de renseignement italiens.

L’attentat de la Piazza Fontana le 12 décembre 1969 tua 17 personnes et en blessa 88 dans une banque milanaise.[s] La police arrêta initialement des anarchistes. Un suspect, Giuseppe Pinelli, mourut après être tombé par la fenêtre d’un commissariat du quatrième étage durant un interrogatoire. Des décennies de procès attribuèrent finalement l’attaque au groupe néofasciste Ordine Nuovo.[s]

L’attentat de la gare de Bologne le 2 août 1980 fut encore plus meurtrier : 85 personnes tuées, plus de 200 blessées, en faisant l’attaque terroriste la plus meurtrière d’Italie d’après-guerre et l’une des plus meurtrières d’Europe d’après-guerre, sans pour autant être la plus meurtrière de toute l’Europe—l’attentat de Lockerbie en 1988 a tué 270 personnes, bien plus que les 85 de Bologne.[s] Des membres des néofascistes Nuclei Armati Rivoluzionari furent finalement condamnés, et des enquêtes ultérieures identifièrent Licio Gelli, chef de la loge maçonnique secrète Propaganda Due (P2), comme le cerveau.[s]

Ce schéma de violence portait un nom : la stratégie de la tension, une tactique politique dans laquelle les attaques terroristes créent une peur généralisée, poussant le public à demander un gouvernement plus fort et plus autoritaire.[s]

Le témoignage de Vinciguerra

La connexion la plus claire entre ces armées secrètes NATO et la violence politique vint d’une source inattendue : un terroriste condamné qui décida de parler. Vincenzo Vinciguerra, un néofasciste purgeant une peine à vie pour l’attentat à la voiture piégée de Peteano en 1972 qui tua trois carabiniers, témoigna en 1984 sur une « super-organisation » opérant au sein de l’État italien.[s]

Vinciguerra décrivit « une force secrète parallèle aux forces armées, composée de civils et de militaires, dans une capacité antisoviétique ». Quand l’invasion soviétique ne se matérialisa pas, dit-il, cette force « prit la tâche, au nom de la NATO, d’empêcher un glissement vers la gauche dans l’équilibre politique du pays ».[s]

Le procureur Felice Casson a enquêté pour savoir si les explosifs utilisés à Peteano pouvaient être reliés à une cache stay-behind NASCO à Aurisina, près de Trieste et à quelques kilomètres du site de l’attentat—et non à un dépôt sous un cimetière près de Vérone. Des analyses judiciaires ultérieures n’ont pas établi de manière concluante cette provenance, et certains comptes rendus décrivent un explosif de chantier ordinaire plutôt que du C4 militaire.[s] L’enquête révéla aussi qu’un expert en explosifs travaillant pour la police italienne, membre d’Ordine Nuovo, avait délibérément falsifié son analyse pour blâmer les Brigades rouges. Ce fut l’enquête obstinée de Casson qui força finalement Andreotti à admettre l’existence de Gladio devant le parlement.

Belgique : les tueurs du Brabant

L’Italie n’était pas le seul pays où les armées secrètes NATO croisèrent avec de la violence inexpliquée. L’influence des armées secrètes NATO s’étendait bien au-delà des frontières italiennes. En Belgique, un groupe connu sous le nom de tueurs du Brabant mena une série d’attaques entre 1982 et 1985, tuant 28 personnes et en blessant 22 lors de raids sur des supermarchés, restaurants et marchands d’armes.[s]

Les tueries étaient bizarres. Les attaquants utilisaient des armes de qualité militaire, incluant des chevrotines rares similaires à celles utilisées par une ancienne unité de forces spéciales de la gendarmerie belge. Leurs gains de vol étaient modestes par rapport à l’extrême violence. Plusieurs auteurs et un documentaire de la BBC lièrent les attaques aux armées secrètes NATO et au groupe d’extrême droite Westland New Post.[s]

Une enquête parlementaire belge investigua ces connexions mais ne trouva aucune preuve concluante d’implication de Gladio dans les attaques. Les tueurs du Brabant ne furent jamais identifiés. Les autorités belges ont clos l’enquête principale en juin 2024 sans condamnations, bien que des mesures d’enquête supplémentaires aient été autorisées en janvier 2025 après un appel et une nouvelle piste ; l’affaire reste parmi les séries de crimes non résolus les plus notoires de Belgique.

Le règlement de comptes de 1990

Après la révélation d’Andreotti en octobre 1990, les dominos tombèrent rapidement. Le ministre belge de la Défense Guy Coëme et le Premier ministre Wilfried Martens confirmèrent le réseau stay-behind de leur pays le 7 novembre 1990.[s] En Suisse, l’exposition de l’armée secrète P26, trouvée héberger « une idéologie extrémiste très éloignée de la pensée politique dominante », déclencha une crise politique qui mena à une enquête parlementaire complète.[s]

Le 22 novembre 1990, le Parlement européen adopta une résolution condamnant « la création clandestine de réseaux manipulateurs et opérationnels ». La résolution nota que « dans certains États membres, les services secrets militaires (ou des branches incontrôlées de ceux-ci) furent impliqués dans de graves cas de terrorisme et de crime ».[s] Elle appelait tous les États membres à démanteler les réseaux militaires clandestins et à établir des comités parlementaires d’enquête.

La résolution protesta aussi « vigoureusement contre l’hypothèse de certains personnels militaires américains au SHAPE et dans la NATO du droit d’encourager l’établissement en Europe d’un réseau clandestin de renseignement et d’opération ».[s] L’administration Bush refusa de commenter. Seules l’Italie, la Belgique et la Suisse menèrent des enquêtes parlementaires complètes.

Ce que révélèrent les enquêtes parlementaires

En 2000, un rapport proposé par des membres de centre-gauche de la commission parlementaire italienne affirma qu’une stratégie de la tension avait été « soutenue par les États-Unis pour empêcher le PCI, et dans une certaine mesure aussi le PSI, d’atteindre le pouvoir exécutif dans le pays ».[s] PCI était le Parti communiste italien ; PSI, le Parti socialiste italien.

La commission déclara que « des agents du renseignement américain furent informés à l’avance de plusieurs attentats terroristes, incluant l’attentat de la Piazza Fontana de décembre 1969 à Milan et l’attentat de Piazza della Loggia à Brescia cinq ans plus tard, mais ne firent rien pour alerter les autorités italiennes ou empêcher que les attaques aient lieu ».[s]

Le Département d’État américain rejeta ces allégations, maintenant que les armées secrètes NATO servaient seulement à résister à une invasion soviétique potentielle et n’avaient aucun rôle dans le terrorisme domestique. L’historien Peer Henrik Hansen et d’autres chercheurs ont aussi questionné certaines des affirmations plus générales sur le contrôle direct de la NATO d’opérations terroristes, notant que les preuves d’une « stratégie de la tension » dirigée centralement restent contestées.

Héritage

L’Opération Gladio reste l’un des épisodes les plus troublants de la guerre froide. Ce qui est établi au-delà de tout doute raisonnable : la NATO et la CIA créèrent des réseaux paramilitaires secrets à travers l’Europe occidentale qui opérèrent pendant environ 40 ans en dehors de toute supervision démocratique. Ces armées secrètes NATO constituaient un phénomène sans précédent dans l’histoire démocratique moderne. Ces réseaux maintinrent des arsenaux cachés et formèrent des opérateurs à la guerre non conventionnelle.

Ce qui reste contesté : le degré auquel ces réseaux, ou des éléments voyous en leur sein, participèrent activement ou permirent la violence politique qui marqua l’Italie, la Belgique et d’autres pays durant les décennies de guerre froide. Le Parlement européen conclut que les services secrets militaires furent « impliqués dans de graves cas de terrorisme et de crime ». Les tribunaux italiens condamnèrent des néofascistes avec des liens documentés aux services de renseignement. Casson a enquêté sur un lien possible entre Peteano et une cache d’armes stay-behind à Aurisina, mais les tribunaux n’ont pas établi de manière concluante que des explosifs de caches Gladio aient été utilisés dans une attaque terroriste.

Mais une chaîne de commandement directe du quartier général NATO à des attentats terroristes spécifiques n’a jamais été prouvée. La vérité complète peut rester enterrée, comme les caches d’armes sous les cimetières italiens, parce que beaucoup des participants sont morts, les documents restent classifiés, et les institutions impliquées ont montré peu d’appétit pour la transparence.

Ce que Gladio démontre sans ambiguïté, c’est le danger de structures militaires non responsables opérant dans des États démocratiques. L’existence des armées secrètes NATO illustre parfaitement ces risques institutionnels. La résolution du Parlement européen de 1990 reste un avertissement : quand les armées secrètes échappent à tous les contrôles démocratiques, la ligne entre défendre une société et la saper peut disparaître entièrement.

Pendant quatre décennies, un réseau clandestin d’opérateurs paramilitaires a opéré à travers l’Europe occidentale, financé par la CIA, coordonné par les structures de commandement de la NATO, et dissimulé aux parlements, tribunaux et au public. Ces armées secrètes NATO étaient armées de mitrailleuses, d’explosifs C4 et d’équipements de communication chiffrés stockés dans des bunkers souterrains. Leur objectif déclaré était d’organiser une résistance de guérilla en cas d’invasion du Pacte de Varsovie. L’invasion n’eut jamais lieu. Ce qui vint à la place fut un schéma de violence politique s’étendant sur des décennies dont les connexions à ces réseaux secrets demeurent parmi les questions les plus contestées de l’historiographie de la guerre froide.

Le 24 octobre 1990, le Premier ministre italien Giulio Andreotti confirma devant la Chambre des députés l’existence de Gladio, une organisation stay-behind clandestine intégrée dans l’appareil de renseignement militaire italien depuis le début des années 1950.[s] Andreotti décrivit une « structure d’information, de réaction et de sauvegarde », identifiant 622 opérateurs civils et rapportant que 127 caches d’armes avaient été démantelées. Sa divulgation ne fut pas volontaire : elle fut forcée par les enquêtes persistantes du magistrat vénitien Felice Casson, dont la poursuite de l’attentat de Peteano en 1972 avait découvert une piste d’armes menant directement aux dépôts liés à la NATO.

Origines des armées secrètes NATO

L’architecture institutionnelle des armées secrètes NATO grandit du Special Operations Executive (SOE) britannique en temps de guerre, qui avait coordonné des réseaux de résistance à travers l’Europe occupée par les nazis. Après 1945, les services de renseignement britanniques et américains commencèrent à construire des réseaux analogues pour se préparer à une occupation soviétique potentielle de l’Europe occidentale.[s]

En 1948, le Premier ministre belge Paul-Henri Spaak autorisa la Staatsveiligheid à négocier une structure stay-behind clandestine avec le chef du SIS britannique Sir Stewart Menzies et la CIA.[s] En 1949, le Comité clandestin de l’Union occidentale (WUCC) coordonnait les opérations stay-behind parmi la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la France et la Grande-Bretagne. Ce cadre se transféra aux structures NATO vers 1951 quand le Commandant suprême allié en Europe (SACEUR) établit le Comité de planification clandestine (CPC) au SHAPE.

En 1957, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et les pays du Benelux établirent le Comité allié clandestin (ACC), plus tard renommé Comité de coordination allié. Cet organe coordonnait les exercices multinationaux et fournissait des orientations politiques sur les questions stay-behind. Des représentants de la CIA assistaient à chaque réunion, bien qu’officiellement sans droit de vote.[s] Le général Gerardo Serravalle, qui commanda le Gladio italien de 1971 à 1974, confirma qu’« aux réunions stay-behind, des représentants de la CIA étaient toujours présents ».

Ces réseaux opéraient sous des noms de code distincts à travers le continent : Gladio en Italie, SDRA8 en Belgique, P26 en Suisse, Absalon au Danemark, ROC en Norvège, I&O aux Pays-Bas. Chaque pays maintenait son propre arsenal. Un inventaire belge de 1991 documenta approximativement 300 armes, incluant des carabines M1 et des mitraillettes MP40 de la Seconde Guerre mondiale, aux côtés de bateaux gonflables et d’équipements de surveillance vidéo.[s]

Italie : la stratégie de la tension et les armées secrètes NATO

L’expérience de l’Italie avec son réseau stay-behind est la plus extensivement documentée et la plus troublante. Les années de plomb du pays (Anni di piombo), s’étendant de 1968 au milieu des années 1980, produisirent 428 morts et environ 2 000 blessés de milliers d’attaques terroristes par des groupes de l’extrême gauche et de l’extrême droite.[s]

Le terme « stratégie de la tension » (strategia della tensione) apparut d’abord dans The Observer le 14 décembre 1969, deux jours après l’attentat de la Piazza Fontana, décrivant une tactique politique par laquelle des attaques violentes créent une peur généralisée, poussant la population vers une gouvernance autoritaire.[s] Le schéma était cohérent : attentats indiscriminés dans des espaces publics, initialement attribués aux groupes de gauche, puis retracés à travers des décennies de procès vers des organisations néofascistes avec des connexions documentées au renseignement militaire italien.

Piazza Fontana, 1969

Le 12 décembre 1969, une bombe explosa à la Banca Nazionale dell’Agricoltura sur la Piazza Fontana de Milan, tuant 17 personnes et en blessant 88.[s] Le même après-midi, une autre bombe détona dans une banque romaine, et une troisième fut trouvée non explosée au Tombeau du Soldat inconnu. La police arrêta des anarchistes, incluant Pietro Valpreda, qui passa trois ans en détention préventive avant acquittement final. L’anarchiste cheminot Giuseppe Pinelli mourut durant l’interrogatoire après être tombé par une fenêtre du quatrième étage au quartier général de la police de Milan.

Après une séquence tortueuse de procès s’étendant sur des décennies, les tribunaux italiens attribuèrent l’attentat à l’organisation néofasciste Ordine Nuovo, fondée par Pino Rauti.[s] Les enquêtes du juge Guido Salvini révélèrent qu’Ordine Nuovo avait « collaboré très étroitement » avec le Service secret militaire italien (SID). Le général Gianadelio Maletti, chef de la section contre-espionnage du SID et membre de la loge P2, fut condamné pour obstruction à l’enquête et destruction de preuves pour protéger des groupes de droite.

Bologne, 1980

L’attaque la plus meurtrière eut lieu le 2 août 1980, quand une bombe à retardement cachée dans une valise détona dans la salle d’attente climatisée de la gare Centrale de Bologne, tuant 85 personnes et en blessant plus de 200.[s] Ce fut l’attaque terroriste la plus meurtrière d’Italie d’après-guerre et l’une des plus meurtrières d’Europe d’après-guerre, sans pour autant être la plus meurtrière de toute l’Europe—l’attentat de Lockerbie en 1988 a tué 270 personnes, bien plus que les 85 de Bologne.[s]

L’enquête fut sabotée de l’intérieur. Les généraux du SISMI Pietro Musumeci et Belmonte, tous deux membres P2, plantèrent de fausses preuves pour détourner les enquêteurs vers d’autres suspects. Des membres des néofascistes Nuclei Armati Rivoluzionari furent finalement condamnés, et en 2022, Paolo Bellini fut condamné pour implication directe dans le massacre et condamné à la prison à vie. Des procédures judiciaires ultérieures identifièrent Licio Gelli, grand maître de la loge maçonnique P2, comme le cerveau.[s]

L’historien Tobias Hof a argumenté que l’attentat de 1980 devrait être compris dans le contexte de tensions renouvelées de guerre froide suivant l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, qui revigora les réseaux anticommunistes à travers l’Europe et « offrit de nouveau une opportunité de former des alliances avec le milieu conservateur, incluant des éléments des services secrets d’État ».[s]

Le témoignage de Vinciguerra

Le témoignage le plus direct connectant les armées secrètes NATO à la violence politique vint du néofasciste condamné Vincenzo Vinciguerra, qui purgeait une peine à vie pour l’attentat à la voiture piégée de Peteano en 1972 qui tua trois carabiniers.[s] Le procureur Casson a poursuivi une théorie contestée selon laquelle les explosifs utilisés dans l’attaque pourraient être reliés à une cache stay-behind NASCO à Aurisina, près de Trieste, plutôt qu’à un dépôt Gladio sous un cimetière près de Vérone ; des analyses judiciaires ultérieures n’ont pas établi de manière concluante ce lien, et certains comptes rendus décrivent un explosif de chantier ordinaire plutôt que du C4. L’enquête de Casson a aussi montré qu’un expert en explosifs de la police, membre d’Ordine Nuovo, avait délibérément falsifié son analyse pour blâmer les Brigades rouges.[s]

En 1984, Vinciguerra témoigna sur « une force secrète parallèle aux forces armées, composée de civils et de militaires, dans une capacité antisoviétique ». Il déclara que cette force, « manquant d’une invasion militaire soviétique qui pourrait ne pas arriver, prit la tâche, au nom de la NATO, d’empêcher un glissement vers la gauche dans l’équilibre politique du pays. Ceci ils le firent, avec l’assistance des services secrets officiels et des forces politiques et militaires ».[s]

La commission parlementaire de 2000

Un rapport proposé de 2000 par des membres de centre-gauche et de la gauche démocrate de la commission parlementaire italienne—non adopté comme conclusion collective de la commission—affirma qu’« une stratégie de la tension avait été soutenue par les États-Unis pour empêcher le PCI, et dans une certaine mesure aussi le PSI, d’atteindre le pouvoir exécutif dans le pays ». La commission affirma en outre que « des agents du renseignement américain furent informés à l’avance de plusieurs attentats terroristes, incluant l’attentat de la Piazza Fontana de décembre 1969 à Milan et l’attentat de Piazza della Loggia à Brescia cinq ans plus tard, mais ne firent rien pour alerter les autorités italiennes ».[s]

Les conclusions du rapport furent politiquement contestées. L’historien Aldo Giannuli, qui servit comme consultant à la commission parlementaire sur le terrorisme, caractérisa le rapport de la coalition de gauche comme « dicté principalement par des considérations politiques domestiques plutôt qu’historiques ». Le Département d’État américain rejeta entièrement les allégations, maintenant que le programme stay-behind servait seulement des objectifs défensifs.

La Belgique et les tueurs du Brabant

Le réseau stay-behind de la Belgique, opérationnel de 1951 à sa dissolution en novembre 1990, consistait en deux branches : SDRA8 sous le renseignement militaire, et STC/Mob sous la Staatsveiligheid civile.[s] La branche militaire formait les opérateurs à « la guerre non orthodoxe, combat et sabotage, saut en parachute et opérations maritimes ».

Entre 1982 et 1985, les tueurs du Brabant menèrent une série de raids exceptionnellement violents sur des supermarchés, restaurants et marchands d’armes, laissant 28 morts et 22 blessés.[s] Les attaquants utilisaient des armes de qualité militaire, incluant des chevrotines rares similaires à celles distribuées à l’unité de forces spéciales Groupe Diane de la gendarmerie belge. Leurs gains de vol étaient disproportionnellement petits étant donnée l’extrême violence employée.

Plusieurs chercheurs et un documentaire de la BBC lièrent les tueries du Brabant aux armées secrètes NATO et à l’organisation d’extrême droite Westland New Post.[s] Le journaliste René Haquin allégua que les États-Unis avaient tenté de « durcir » la police belge dans les années 1970, et quand ces méthodes furent abandonnées, cherchèrent à forcer la main du gouvernement par la déstabilisation. Cependant, l’enquête parlementaire belge ne trouva aucune preuve substantive que le réseau stay-behind fut directement impliqué dans les attaques. Les autorités belges ont clos l’enquête principale en juin 2024 sans identifier les perpétrateurs, bien que des mesures d’enquête supplémentaires aient été autorisées en janvier 2025 après un appel et une nouvelle piste.

Les révélations de 1990 et la réponse du Parlement européen

La divulgation d’Andreotti déclencha une cascade d’admissions. Les dirigeants belges confirmèrent leur réseau le 7 novembre 1990. En Suisse, l’exposition de l’armée secrète P26, trouvée héberger « une idéologie extrémiste très éloignée de la pensée politique dominante », déclencha une crise politique et une enquête parlementaire complète sur ses activités.[s]

Le 22 novembre 1990, le Parlement européen adopta une résolution formelle condamnant les armées secrètes NATO. La résolution déclara que « pendant plus de 40 ans cette organisation a échappé à tous les contrôles démocratiques et a été dirigée par les services secrets des États concernés en collaboration avec la NATO ». Elle nota que « dans certains États membres, les services secrets militaires (ou des branches incontrôlées de ceux-ci) furent impliqués dans de graves cas de terrorisme et de crime comme en témoignent diverses enquêtes judiciaires ».[s]

La résolution appela tous les États membres à démanteler les réseaux militaires clandestins, établir des comités parlementaires d’enquête, et clarifier tous liens entre ces organisations et des groupes terroristes. Elle protesta « vigoureusement contre l’hypothèse de certains personnels militaires américains au SHAPE et dans la NATO du droit d’encourager l’établissement en Europe d’un réseau clandestin de renseignement et d’opération ».[s]

Malgré cette résolution, seules l’Italie, la Belgique et la Suisse menèrent des enquêtes parlementaires complètes. L’administration Bush déclina de commenter. La NATO elle-même n’a jamais publié un compte-rendu compréhensif du programme stay-behind.

Débat historiographique

La littérature savante sur l’Opération Gladio se divise en deux camps larges. L’historien suisse Daniele Ganser dans NATO’s Secret Armies (2005) argumente pour une implication directe de la NATO dans le terrorisme de droite comme partie d’une stratégie coordonnée de tension. Le travail de Ganser a été critiqué par des critiques incluant Peer Henrik Hansen et Philip H.J. Davies, qui questionnent sa dépendance sur des documents contestés, particulièrement le Manuel de terrain 30-31B de l’armée américaine, que le Département d’État américain prétend être un faux soviétique de 1976 tandis que d’autres, incluant l’ancien directeur adjoint de la CIA Ray S. Cline, ont suggéré qu’il pourrait être authentique.

Le livre de l’historienne italienne Anna Cento Bull Italian Neofascism: The Strategy of Tension and the Politics of Nonreconciliation (2012) fournit un compte plus nuancé, examinant comment les groupes d’extrême droite exploitèrent les structures de guerre froide tout en maintenant leurs propres agendas autonomes. L’analyse de Tobias Hof met l’accent sur la dimension transnationale du terrorisme de droite en 1980, connectant l’attentat de Bologne à des attaques similaires en France, Espagne et Allemagne durant la même période.[s]

Ce qui n’est pas en dispute : la NATO et la CIA construisirent des réseaux paramilitaires secrets à travers l’Europe occidentale qui opérèrent pendant environ 40 ans sans supervision démocratique. Ces réseaux maintinrent des arsenaux cachés. Des travaux du parquet ont soulevé des allégations contestées sur Peteano et une cache stay-behind à Aurisina, mais les décisions judiciaires n’ont pas établi de manière concluante que des explosifs de cache Gladio aient été utilisés dans une attaque terroriste. Des officiels du renseignement militaire italien furent condamnés pour obstruction aux enquêtes sur des attentats de droite. Et le Parlement européen trouva formellement que les services secrets militaires furent impliqués dans « de graves cas de terrorisme et de crime ».

Ce qui reste contesté est si ces faits pointent vers une campagne centralement dirigée de terrorisme d’État, vers des éléments voyous exploitant des structures existantes, ou vers des alliances opportunistes entre terroristes néofascistes et des officiers de renseignement sympathiques agissant sans autorisation institutionnelle. La vérité complète peut être irrécupérable. Beaucoup de participants sont morts, des documents critiques restent classifiés, et les institutions impliquées ont démontré un intérêt minimal pour l’auto-examen.

La signification durable de Gladio réside moins dans la résolution de ces débats que dans le principe que le Parlement européen articula en 1990 : les armées secrètes qui « échappent à tous les contrôles démocratiques » représentent une menace inhérente aux sociétés qu’elles prétendent protéger, indépendamment de leur justification originale. L’héritage des armées secrètes NATO continue d’alimenter les débats sur la responsabilité démocratique et la sécurité nationale.

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