Le 17 janvier 1961, un peloton d’exécution dans la province du Katanga fusillait Patrice Lumumba, premier ministre du Congo nouvellement indépendant. Des officiers belges supervisaient le meurtre. La police belge déterrait ensuite son corps, le découpait en morceaux et dissolvait les restes dans de l’acide sulfurique. Une seule dent en or survécut, conservée comme souvenir par un commissaire de police belge. Pendant 65 ans, personne en Belgique ne fut poursuivi pénalement pour l’un quelconque de ces actes. Le procès Lumumba que la Belgique attendait depuis 65 ans s’ouvrira en 2027.
Cela a changé le 17 mars 2026, quand la chambre du conseil du tribunal de première instance de Bruxelles a ordonné à Étienne Davignon, un ancien commissaire européen de 93 ans, de comparaître en procès pour crimes de guerre liés à l’assassinat de Lumumba. Davignon est le dernier suspect survivant parmi les Belges mis en cause par la famille Lumumba. Le procès, qui devrait s’ouvrir en 2027, marque la première procédure pénale dans l’histoire de la Belgique pour le meurtre qui a défini ses relations avec sa plus grande ancienne colonie.
L’assassinat
Le Congo déclara son indépendance de la Belgique le 30 juin 1960. Patrice Lumumba, un homme de 34 ans qui avait été emprisonné par l’administration coloniale quelques mois auparavant, devint premier ministre après la victoire de son parti aux élections de mai. Son mandat dura 81 jours.
Le péché de Lumumba, aux yeux de Bruxelles, de Washington et des intérêts miniers qui avaient bâti des fortunes sur les ressources congolaises, était simple : c’était un nationaliste qui pensait ce qu’il disait. Son discours du jour de l’indépendance, prononcé devant le roi Baudouin, énumérait les « ironies, insultes, coups que nous subissions matin, midi et soir, parce que nous étions des Nègres ». Ce n’était pas diplomatique. C’était honnête. Cela le rendait dangereux.
En quelques semaines, la province du Katanga, riche en minerais, déclarait sa sécession sous Moïse Tshombe avec le soutien belge. L’armée se mutinait. En septembre, le président Joseph Kasavubu révoqua Lumumba, et le colonel Joseph Mobutu (futur Mobutu Sese Seko) prit le pouvoir par un coup d’État militaire. Lumumba fut assigné à résidence, gardé simultanément par des soldats de l’ONU et de Mobutu, dans une situation qui ne satisfaisait personne.
Le 27 novembre 1960, Lumumba tenta de fuir vers Stanleyville, où ses partisans détenaient encore le pouvoir. Il fut capturé. Le 17 janvier 1961, lui et deux de ses associés, Maurice Mpolo et Joseph Okito, furent transportés par avion à Élisabethville, capitale du Katanga sécessionniste. Ils furent battus dans l’avion. Ils le furent à nouveau à leur arrivée dans une villa. Ce soir-là, un peloton d’exécution katangais fusilla les trois hommes, sous supervision belge, en présence d’officiels et d’officiers belges et katangais.
Ce qui suivit fut conçu pour les effacer du monde physique. Un commissaire de police belge nommé Gérard Soete dirigea une équipe qui déterrait les corps, les démembrait et dissolvait les restes dans de l’acide sulfurique. Soete garda une dent comme trophée. Il l’admit publiquement en 1999, près de quatre décennies plus tard, avec la désinvolture d’un homme décrivant un souvenir de vacances.
Le Congo obtint son indépendance de la Belgique le 30 juin 1960. Patrice Lumumba devint premier ministre après la victoire de son Mouvement National Congolais aux élections de mai 1960. Il avait 34 ans et venait de purger une peine de prison coloniale pour avoir incité au sentiment anticolonialiste.
Le discours de Lumumba lors du jour de l’indépendance, prononcé devant le roi Baudouin, rompit le protocole en énumérant des abus coloniaux précis : travail forcé, expropriations foncières, ségrégation raciale dans la loi et la vie quotidienne. Le discours le désigna comme un personnage incontrôlable aux yeux des officiels belges qui avaient espéré une transition plus coopérative.
La crise s’aggrava rapidement. La province du Katanga déclara sa sécession le 11 juillet 1960, sous Moïse Tshombe, avec un soutien militaire et administratif belge direct. L’armée congolaise se mutina contre ses officiers belges restants. Les Nations Unies déployèrent des soldats de la paix. En septembre, le président Kasavubu révoqua Lumumba. Le 14 septembre, le colonel Joseph Mobutu exécuta un coup d’État militaire, écartant à la fois Lumumba et le parlement.
La posture du gouvernement belge envers Lumumba passa d’une opposition politique à quelque chose de plus direct. Le 6 octobre 1960, le ministre belge des Affaires africaines, le comte Harold d’Aspremont Lynden, envoya un câble aux officiels belges au Katanga indiquant que la politique serait désormais « l’élimination définitive de Patrice Lumumba ». Le 15 janvier 1961, d’Aspremont Lynden insista pour que Lumumba, alors emprisonné, soit transféré au Katanga.
Lumumba avait tenté de fuir son assignation à résidence le 27 novembre 1960, en direction de Stanleyville où ses partisans détenaient le pouvoir. Il fut capturé par les forces de Mobutu le 1er décembre. Le 17 janvier 1961, lui et deux de ses associés, Joseph Okito (vice-président du Sénat) et Maurice Mpolo (ministre de la Jeunesse), furent transportés par avion à Élisabethville, capitale du Katanga sécessionniste. Ils furent battus par les soldats durant le vol et à nouveau à leur arrivée. Ce soir-là, un peloton d’exécution katangais fusilla les trois hommes sous supervision belge, en présence d’officiels et d’officiers belges et katangais.
L’élimination des restes fut systématique. Le commissaire de police belge Gérard Soete dirigea une équipe qui déterrait les corps, les démembrait à la scie et dissolvait les restes dans de l’acide sulfurique. Soete conserva une dent en or, dont il admit la possession lors d’un entretien de 1999. Les autorités judiciaires belges saisirent la dent auprès de la fille de Soete en 2016. En juin 2022, la dent fut restituée à la famille Lumumba lors d’une cérémonie au palais d’Egmont à Bruxelles, puis enterrée à Kinshasa.
L’homme qui comparaît
Étienne Davignon avait 28 ans en 1960, jeune attaché diplomatique au sein de l’unité Congo du ministère belge des Affaires étrangères, travaillant sous les ordres du ministre Pierre Wigny. Sa mission, selon l’enquête parlementaire belge, consistait notamment à fournir des arguments juridiques pour convaincre le président Kasavubu de révoquer Lumumba. En septembre 1960, Davignon écrivit qu’il lui « semble être un problème fondamental de démettre Lumumba et d’obtenir l’unité des leaders congolais contre lui ».
Après le Congo, la carrière de Davignon connut une ascension remarquable. Il devint le premier directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie en 1974. Entre 1977 et 1985, il fut commissaire européen, notamment vice-président de la Commission à partir de 1981. Il rédigea le rapport Davignon, document fondateur de la coordination de la politique étrangère européenne. Il devint l’une des figures les plus influentes de la gouvernance européenne, né dans la noblesse belge, décoré par plusieurs gouvernements, habitué des réunions du Bilderberg.
Et tout au long de ce parcours, planant sur sa biographie comme une note de bas de page que personne ne voulait lire, persistait son rôle dans les événements qui avaient coûté la vie à Patrice Lumumba.
Davignon nie toute implication. Son équipe juridique affirme que son rôle se limitait à « de la paperasse diplomatique de routine » et soutient que l’affaire est « à motivation politique », avec des preuves vieilles de 65 ans insuffisantes pour un procès équitable.
Étienne Davignon, né en 1932 dans la noblesse belge, rejoignit le ministère belge des Affaires étrangères en 1959 après avoir obtenu un doctorat en droit à l’Université catholique de Louvain. En 1960, il servait comme jeune attaché diplomatique au sein de l’unité Congo du ministère, sous la tutelle du ministre des Affaires étrangères Pierre Wigny.
La commission parlementaire belge de 2001 établit que Davignon avait été chargé de fournir des arguments juridiques pour justifier la révocation de Lumumba. Le spécialiste du Congo et historien Ludo De Witte, dont le livre de 1999 L’assassinat de Lumumba déclencha l’enquête parlementaire, a soutenu que le rôle de Davignon allait au-delà de ce que la commission avait documenté. En septembre 1960, Davignon écrivit qu’il lui « semble être un problème fondamental de démettre Lumumba et d’obtenir l’unité des leaders congolais contre lui ».
Un point crucial de la controverse porte sur l’approbation par le ministère des Affaires étrangères du transfert de Lumumba au Katanga, décision qui précéda directement l’assassinat. Davignon contredit par la suite certains éléments du rôle documenté du ministère dans ce transfert.
La carrière ultérieure de Davignon le plaça au cœur du pouvoir institutionnel européen. Il présida le comité qui produisit le rapport Davignon de 1970 sur la coopération en politique étrangère européenne. Il fut le premier directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (1974-1977) et commissaire européen (1977-1985), notamment vice-président à partir de 1981. Il a été associé au groupe Bilderberg et à divers conseils d’administration.
Sa défense repose sur deux piliers : son rôle en tant que jeune attaché se limitait à « de la paperasse diplomatique de routine », et les poursuites sont « à motivation politique », avec des preuves vieilles de 65 ans insuffisantes pour un procès équitable.
Le procès Lumumba que la Belgique attendait depuis 65 ans
La réponse courte est que la Belgique ne voulait pas regarder. La réponse plus longue implique les mécanismes précis par lesquels un État évite de rendre compte de ses propres crimes.
Pendant des décennies, la Belgique a traité l’assassinat de Lumumba comme un épisode historique embarrassant plutôt que comme un crime nécessitant une enquête. La percée intervint en 2001, lorsqu’une commission parlementaire, suscitée par les recherches de Ludo De Witte, conclut que la Belgique portait « une responsabilité morale » dans la mort de Lumumba et que « le transfert de Lumumba vers la province hostile du Katanga avait été organisé avec le soutien de représentants du gouvernement belge ». En février 2002, le gouvernement belge présenta formellement ses excuses, admettant « une part irréfutable de responsabilité dans les événements qui ont conduit à la mort de Lumumba ».
La « responsabilité morale » est une formule utile pour les gouvernements. Elle reconnaît que quelque chose s’est passé sans admettre que ce qui s’est passé constituait un crime. La commission de 2001 était conçue, en partie, pour offrir une clôture sans poursuites. Cela n’a pas fonctionné.
En juin 2011, le fils de Lumumba, François, déposa une plainte pénale contre onze citoyens belges, dont Davignon. Quinze années de manœuvres procédurales suivirent. En juin 2025, le procureur fédéral demanda finalement le renvoi de Davignon devant le tribunal pénal de Bruxelles. En janvier 2026, l’affaire fut entendue par le tribunal de première instance de Bruxelles, avec dix membres supplémentaires de la famille se constituant parties civiles. Le 17 mars, le tribunal ordonna que le procès ait lieu.
Le tribunal alla également au-delà du périmètre initial du parquet, étendant les charges pour couvrir les meurtres de Mpolo et d’Okito aux côtés de celui de Lumumba.
L’évitement par la Belgique de toute responsabilité pénale pour l’assassinat de Lumumba opéra par plusieurs mécanismes distincts.
Premièrement, le silence institutionnel. De 1961 à 1999, aucune enquête officielle belge n’examina l’assassinat. Le consensus de la Guerre froide traitait l’élimination de Lumumba comme un acte regrettable mais défendable de l’intérêt géopolitique occidental. L’historiographie belge traita largement le sujet comme controversé plutôt que documenté.
Deuxièmement, la commission parlementaire comme substitut aux poursuites. Le livre de Ludo De Witte de 1999 L’assassinat de Lumumba (publié en néerlandais sous le titre De moord op Lumumba) présenta des preuves documentaires qui forcèrent le parlement belge à agir. La commission qui en résulta, en 2001, conclut que la Belgique portait « une responsabilité morale » et que « le transfert de Lumumba vers la province hostile du Katanga avait été organisé avec le soutien de représentants du gouvernement belge ». En février 2002, le gouvernement présenta formellement ses excuses, admettant « une part irréfutable de responsabilité ».
Le cadre de la « responsabilité morale » de la commission fut délibérément calibré pour exclure les conséquences juridiques. Il reconnaissait l’implication belge tout en évitant le langage de la responsabilité pénale. Cette distinction tint pendant une décennie.
Troisièmement, l’attrition procédurale. La plainte pénale déposée par François Lumumba en juin 2011 visait onze citoyens belges. Au cours des quinze années suivantes, la plupart des suspects moururent. Davignon, à 93 ans, est le dernier survivant. Le calendrier de l’affaire : plainte déposée en juin 2011 ; le procureur fédéral demande le renvoi de Davignon devant le tribunal pénal en juin 2025 ; audience devant le tribunal de première instance de Bruxelles le 20 janvier 2026 ; procès ordonné le 17 mars 2026 ; procès attendu en 2027.
Le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) a soutenu l’affaire depuis ses débuts, déposant un mémoire d’amicus curiae sur les questions de prescription. Le secrétaire général de l’ECCHR, Wolfgang Kaleck, a été formellement désigné comme conseil juridique de la famille Lumumba à l’été 2025. Dans son arrêt de mars 2026, le tribunal a élargi le champ des charges au-delà de ce que le procureur fédéral avait demandé, étendant le procès aux assassinats de Maurice Mpolo et de Joseph Okito.
Le fondement juridique des poursuites repose sur les Conventions de Genève : la Belgique et la République démocratique du Congo étaient toutes deux parties contractantes au moment des meurtres. Les violations des conventions constituent des crimes de guerre, qui ne sont pas soumis aux prescriptions ordinaires en droit belge.
Ce que ce procès est et n’est pas
La question évidente se pose : poursuivre un homme de 93 ans pour des événements survenus il y a 65 ans. Les avocats de Davignon l’ont soulevée. Elle mérite une réponse sérieuse.
Le procès n’est pas, de manière réaliste, une question de peine. Si Davignon est condamné, il sera condamné à un âge où la notion d’emprisonnement est largement théorique. Ce que le procès offre, c’est quelque chose que la longue histoire belge d’évitement des responsabilités coloniales n’a jamais produit : un dossier judiciaire. Une procédure avec des preuves, des contre-interrogatoires et un verdict. Non pas un rapport parlementaire aux formulations soigneusement choisies sur la « responsabilité morale ». Un procès pénal qui nomme juridiquement ce qui s’est passé.
« C’est une victoire gigantesque », a déclaré Christophe Marchand, l’avocat de la famille Lumumba. « Il est très difficile pour un pays de juger ses propres crimes coloniaux. »
La petite-fille de Lumumba, Yema, l’a formulé avec plus de précision : la famille cherche « la vérité et à établir les différentes responsabilités ». Pas la vengeance. La différenciation. Qui a fait quoi. Qui a ordonné quoi. Qui savait.
Le contexte plus large importe aussi. La Belgique n’a jamais tenu de procès pénal pour aucun acte commis lors de sa domination coloniale du Congo, une période s’étendant de la propriété personnelle du territoire par le roi Léopold II à partir de 1885 jusqu’à l’indépendance en 1960. Les atrocités du régime colonial, des amputations massives sous la terreur du caoutchouc de Léopold à l’exploitation systématique des richesses minières du Congo belge, ont fait l’objet d’excuses, de commissions et de rénovations muséales. Jamais d’une salle d’audience. Le procès Lumumba dont la Belgique a besoin est, enfin, en cours.
L’importance du procès est structurelle plutôt que punitive. Une condamnation d’un prévenu de 93 ans aurait des conséquences pratiques limitées. Ce que la procédure établit, c’est un précédent judiciaire : un tribunal belge statuant formellement sur la complicité belge dans un assassinat politique de l’ère coloniale.
La Belgique n’a jamais tenu de procès pénal pour aucun acte commis lors de son administration coloniale du Congo (1885-1960). L’affaire Lumumba, si elle aboutit à un verdict, serait la première. Le modèle de la commission parlementaire, utilisé en 2001, offre aux États un mécanisme de reconnaissance sans conséquences juridiques. La distinction entre « responsabilité morale » (la conclusion de la commission) et responsabilité pénale (le domaine du tribunal) n’est pas sémantique ; elle détermine si la confrontation d’un État avec son passé implique la rigueur probatoire et procédurale d’un procès ou le calibrage politique d’un rapport de commission.
Christophe Marchand, l’avocat de la famille, a qualifié la décision de « victoire gigantesque », soulignant qu’« il est très difficile pour un pays de juger ses propres crimes coloniaux ». La petite-fille de Lumumba, Yema, a indiqué que la famille cherche « la vérité et à établir les différentes responsabilités ». Son petit-fils Yvan a déclaré : « Nous sommes soulagés ; nous avons obtenu ce que nous espérions. C’est une étape ; nous sommes un peu plus proches de la justice. »
Le procès soulève également des questions sur le bilan colonial belge plus large. La domination personnelle de Léopold II sur l’État indépendant du Congo (1885-1908) et l’administration belge du Congo belge (1908-1960) ont impliqué des atrocités bien documentées, du travail forcé et une extraction systématique des ressources. Aucune n’a fait l’objet de poursuites pénales. Ce procès Lumumba que la Belgique a poursuivi pendant quinze ans, aussi restreint soit-il dans sa portée, teste si les tribunaux belges appliqueront les Conventions de Genève à la propre conduite de la Belgique pendant la période coloniale et son lendemain immédiat.
La dent et les archives
En juin 2022, au palais d’Egmont à Bruxelles, le procureur général de Belgique remit une petite boîte bleue à la famille Lumumba. À l’intérieur se trouvait une dent en or, seul reste physique de Patrice Lumumba, saisie par les autorités belges auprès de la fille de l’homme qui avait dissous le corps dans l’acide. Le Premier ministre belge Alexander De Croo réitéra les excuses de la Belgique lors de la cérémonie.
La dent fut ensuite enterrée à Kinshasa, 61 ans après la mort de Lumumba. Ce détail mérite qu’on s’y arrête. La totalité des restes physiques d’un homme, un homme qui dirigeait un pays, qui incarnait les aspirations de millions de personnes, réduits à une seule dent conservée comme trophée par l’un des hommes qui avait détruit le reste de lui.
Les archives racontent une autre histoire de survie. Les recherches de De Witte, les documents parlementaires, le câble d’Aspremont Lynden ordonnant « l’élimination définitive », la propre correspondance de Davignon en 1960 : tout cela a survécu parce que les bureaucraties documentent tout, même leurs crimes. Le procès Lumumba testera si ces documents, qui ont suffi à une commission parlementaire pour attribuer une « responsabilité morale », suffisent également à un tribunal pour attribuer une responsabilité pénale.
La restitution des restes de Lumumba suivit une chaîne de garde précise. Gérard Soete, le commissaire de police belge qui dirigea la destruction des corps, conserva une dent en or. Il le révéla lors d’un entretien de 1999. Les autorités judiciaires belges saisirent la dent auprès de la fille de Soete en 2016, suite à une plainte de la famille Lumumba. Le 20 juin 2022, le procureur général Frédéric Van Leeuw remit formellement la dent à la famille lors d’une cérémonie au palais d’Egmont à Bruxelles. La dent fut rapatriée en République démocratique du Congo et enterrée à Kinshasa le 30 juin 2022.
La documentation est substantiellement plus robuste que les restes physiques. Les documents clés comprennent : le câble d’Aspremont Lynden du 6 octobre 1960 ordonnant « l’élimination définitive » de Lumumba ; son instruction du 15 janvier 1961 insistant sur le transfert de Lumumba au Katanga ; le mémorandum de Davignon de septembre 1960 sur la nécessité de « démettre » Lumumba ; le rapport de la commission parlementaire de 2001 et sa documentation ; et les recherches archivistiques de De Witte dans les sources belges, congolaises et onusiennes.
La question de savoir si ces documents soutiennent une condamnation pour les charges précises retenues, à savoir la participation à des crimes de guerre au titre des Conventions de Genève, sera tranchée lors du procès. Le seuil probatoire pour une condamnation pénale excède celui d’un constat parlementaire. L’accusation doit démontrer une participation individuelle, et non simplement une complicité institutionnelle.



