Le gouvernement libanais a pris le 2 mars 2026 sa mesure la plus ferme contre le Hezbollah depuis des décennies, en ordonnant au groupe de se désarmer et en interdisant les opérations armées depuis le territoire libanais, un jour après que des roquettes du Hezbollah ont rompu un cessez-le-feu de 15 mois avec Israël et provoqué des frappes aériennes israéliennes qui ont tué au moins 31 personnes.
Ce qui a rompu le cessez-le-feu
Dans la nuit du 1er mars, le Hezbollah a tiré des roquettes et des drones sur Israël depuis le territoire libanais. C’était la première attaque transfrontalière du groupe depuis le 27 novembre 2024, date à laquelle une cessation des hostilités négociée par les États-Unis et la France avait mis fin au précédent cycle de combats.
Le Hezbollah a présenté l’attaque comme une riposte à deux événements : l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei et les opérations militaires israéliennes continues au Liban. L’attaque a suivi de près le lancement, le 28 février, d’une campagne militaire conjointe américano-israélienne contre l’Iran , une escalade régionale qui a fondamentalement modifié le contexte dans lequel existait le cessez-le-feu libanais.
Israël a répondu par des frappes aériennes. Au moment où le cabinet libanais s’est réuni en session d’urgence le 2 mars, au moins 31 personnes avaient été tuées et 149 blessées sur le territoire libanais.
La réponse du gouvernement libanais
Le Premier ministre Nawaf Salam a convoqué une réunion d’urgence du cabinet le 2 mars et a qualifié les tirs de roquettes du Hezbollah d’«irresponsables». Le gouvernement a publié un décret formel interdisant au Hezbollah de stocker des armes, de déployer des combattants et de mener des opérations militaires offensives depuis le territoire libanais. Les Forces armées libanaises (FAL) ont reçu l’instruction de mettre en œuvre le plan de désarmement «par tous les moyens nécessaires». Le ministre de la Justice a ordonné l’arrestation des responsables des tirs de roquettes.
Ce décret représente l’action étatique la plus explicite contre l’aile militaire du Hezbollah depuis des décennies. La constitution libanaise et l’Accord de Taëf d’après-guerre accordent techniquement à l’État le monopole du recours à la force. En pratique, le Hezbollah a fonctionné comme une organisation militaire largement parallèle, et souvent plus puissante, que les Forces armées libanaises.
La coordinatrice spéciale des Nations Unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a appelé à la retenue de toutes les parties, les mettant en garde contre le risque de «jouer avec la stabilité du pays».
L’état du plan de désarmement
Les Forces armées libanaises ont annoncé le 8 janvier 2026 que la Phase Un de leur plan de désarmement était achevée, couvrant le territoire au sud du fleuve Litani, la zone spécifiée par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU (2006), qui avait mis fin à la guerre Liban-Israël de 2006 et appelé au désarmement du Hezbollah.
La Phase Deux, couvrant la région entre le Litani et le fleuve Awali, a été présentée au gouvernement libanais le 16 février. Les responsables militaires ont estimé qu’il faudrait entre quatre et huit mois pour la mener à terme.
La résolution 2790 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en août 2025, a prolongé le mandat de la FINUL, la force de maintien de la paix de l’ONU au sud du Liban, jusqu’au 31 décembre 2026, et a appelé au retrait israélien complet des positions encore occupées dans un délai d’un an.
Pourquoi le Hezbollah dit non
Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a clairement déclaré que le groupe n’avait aucune intention de se désarmer tant que les forces israéliennes resteraient sur le sol libanais et que les frappes israéliennes se poursuivraient. Les responsables du Hezbollah ont à plusieurs reprises conditionné le désarmement au nord du Litani à un retrait israélien complet du territoire libanais occupé.
Cela donne au Hezbollah un motif durable de refus, le retrait israélien est incomplet, contesté et ne fait l’objet d’aucun délai fixe. Tant que cette condition n’est pas remplie, le Hezbollah peut affirmer que le décret s’applique à une situation qui n’existe pas encore.
Le problème de l’application
Le décret libanais revêt une importance historique en tant que déclaration politique. Son applicabilité est une question distincte.
Les Forces armées libanaises sont largement surpassées militairement par le Hezbollah, qui dispose de dizaines de milliers de combattants entraînés, d’un arsenal considérable de roquettes et de missiles, et d’une implantation institutionnelle profonde dans les communautés chiites du sud du Liban et de la plaine de la Bekaa. Une confrontation militaire entre les FAL et le Hezbollah n’est pas un scénario réaliste à court terme.
Les analystes qui suivent la situation ont identifié trois trajectoires plausibles : le défi pur et simple du Hezbollah au décret, risquant une confrontation directe avec l’État ; une conformité superficielle associée à la relocalisation des actifs en Syrie ; ou un arrangement négocié donnant au Hezbollah une capacité maintenue limitée sous une surveillance nominalement plus stricte. Aucune de ces issues ne constitue un désarmement réel. Le décret signale une volonté politique. Son application concrète dépend de facteurs que le gouvernement libanais ne contrôle pas entièrement.
Les enjeux internationaux
Israël a répondu militairement plutôt que par des voies diplomatiques. Les responsables israéliens n’ont pas publiquement reconnu que le décret libanais constituait une réponse satisfaisante à l’attaque du 1er mars.
Le calcul de l’Iran revêt une importance considérable. Téhéran a historiquement réapprovisionné le Hezbollah même pendant des périodes de retenue nominale. La campagne américano-israélienne plus large contre l’Iran modifie la dynamique régionale d’une manière qui continue de se déployer, que l’Iran intensifie son soutien au Hezbollah comme levier dans son conflit avec les États-Unis et Israël, ou qu’il se retire pour préserver le Hezbollah pour une phase ultérieure, reste incertain.
Le Conseil de sécurité de l’ONU doit recevoir le rapport du Secrétaire général sur la mise en œuvre de la résolution 1701 le 10 mars. Ce briefing sera un premier indicateur de la façon dont la communauté internationale qualifie officiellement la rupture actuelle de la situation.
La suite des événements
Le gouvernement libanais a formulé publiquement une exigence explicite de désarmement du Hezbollah. La crédibilité de cette exigence sera rapidement mise à l’épreuve. Si le Hezbollah lance de nouvelles attaques, et si l’État libanais y répond, cela déterminera si le 2 mars 2026 a constitué un tournant ou un geste politique fait sous pression.
Les conditions qui ont produit ce moment, un cessez-le-feu brisé, une guerre régionale autour de l’Iran, et un gouvernement libanais sous intense pression internationale pour affirmer sa souveraineté, ne vont pas se résoudre tranquillement. Le Liban a atteint un point d’inflexion. La forme que prendra la prochaine phase dépend de choix que Beyrouth ne contrôle pas entièrement.
Sources
- Security Council Report, «Lebanon: March 2026 Monthly Forecast», mars 2026. securitycouncilreport.org
- Reuters, «Lebanon orders Hezbollah to disarm after rockets shatter ceasefire», 2 mars 2026. reuters.com
- Foundation for Defense of Democracies, «Hezbollah leader vows to fight until the end in renewed war with Israel», 5 mars 2026. fdd.org
- American Task Force on Lebanon, «Lebanon at an Inflection Point: Priorities and Recommendations». atfl.org
- Al Jazeera, «Lebanon moves to disarm Hezbollah amid escalating regional tensions», 3 mars 2026. aljazeera.com
- New York Times, Lebanon at ‘Tipping Point’ as It Seeks to Disarm Hezbollah, 6 mars 2026.



