Un groupe jusqu’alors inconnu, se désignant sous le nom Ashab Al Yamim, a revendiqué au moins quatre attaques contre des institutions juives à travers l’Europe en l’espace de cinq jours. Cette campagne coordonnée, amorcée par l’attentat à l’explosif contre une synagogue de Liège, en Belgique, le 9 mars, et escaladée jusqu’à l’explosion survenue devant une école juive à Amsterdam le 14 mars, constitue la vague de violence antisémite la plus soutenue sur le continent depuis plusieurs années.
Quatre adolescents ont été arrêtés en lien avec l’attaque de la synagogue de Rotterdam. Un suspect dans l’attentat de l’école d’Amsterdam a été filmé par les caméras de surveillance. La sécurité des institutions juives à travers l’Europe a été renforcée. Le groupe lui-même semble avoir surgi de nulle part : aucune présence sur les réseaux sociaux, aucun historique organisationnel connu, aucune base de membres que les services de renseignement aient publiquement identifiée.
Ce qu’il possède, en revanche, c’est un logo qui s’inspire fortement des réseaux de milices supplétives de l’Iran, ainsi que des vidéos d’attaques qui ont circulé sur des canaux Telegram de l’axe chiite dans les heures suivant chaque incident.
Les attaques, dans l’ordre
La première frappe a eu lieu vers 4 h 00 le 9 mars, lorsqu’un engin explosif a détoné à l’entrée d’une synagogue de Liège, en Belgique. L’explosion a soufflé les fenêtres de la synagogue construite en 1899, qui fait également office de musée de l’histoire de la communauté juive liégeoise, et a brisé les vitres des immeubles d’en face. Aucun blessé n’a été déploré. Le ministre belge de l’Intérieur, Bernard Quintin, a qualifié l’acte d’« acte antisémite méprisable qui ciblait directement la communauté juive belge », selon France 24. Le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, a condamné l’attaque et relevé qu’« on ne peut pas laisser des conflits étrangers s’importer dans notre ville », en référence à la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran.
Le 12 mars, Ashab Al Yamim a revendiqué une attaque en Grèce, bien que les autorités grecques n’aient communiqué aucun détail sur la cible, la méthode ou d’éventuels suspects. Aucun média grec n’a publié de compte rendu approfondi, et l’incident a reçu une couverture internationale minimale comparé aux attaques en Belgique et aux Pays-Bas.
La troisième attaque s’est produite aux premières heures du 13 mars, lorsqu’un engin explosif a détoné à l’entrée d’une synagogue de Rotterdam, aux Pays-Bas, déclenchant un incendie qui s’est éteint de lui-même. La police néerlandaise a arrêté quatre suspects adolescents, selon la Jewish Telegraphic Agency (JTA). Les suspects, originaires de Tilburg (à environ une heure au sud de Rotterdam), ont été appréhendés à proximité d’une seconde synagogue après que la police a remarqué un véhicule conduit de manière erratique.
La quatrième attaque a frappé dans la nuit du 14 mars. Une explosion a touché le mur extérieur du Cheider, une école juive orthodoxe dispensant un enseignement primaire et secondaire sur la Zeelandstraat, dans le quartier de Buitenveldert à Amsterdam, le quartier juif moderne de la ville. L’explosion a causé des dégâts structurels limités et aucun blessé. La maire d’Amsterdam, Femke Halsema, a qualifié l’acte d’« acte de lâcheté et d’agression envers la communauté juive », selon CNN. La police a obtenu des images de vidéosurveillance montrant un suspect en train de déposer et d’allumer l’engin.
Des images circulant en ligne montrent le même logo apparaissant dans les vidéos des attaques de Rotterdam et d’Amsterdam. Le Centre d’information et de documentation sur Israël (CIDI, Centrum Informatie en Documentatie Israël) a identifié le symbole comme appartenant à la Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyyah, le nom complet du groupe qui avait déjà revendiqué l’attentat de Liège.
Qui est Ashab Al Yamim ?
La réponse courte : personne ne le sait avec certitude. Le nom se traduit approximativement par « Compagnons de la droite » ou « Gens de la main droite », une référence coranique (et non une désignation politique) désignant les justes. Le groupe ne semblait avoir aucune existence publique avant cette semaine.
Plusieurs caractéristiques de la présentation du groupe ont retenu l’attention des analystes. Comme l’a rapporté le Jerusalem Post dans une enquête exclusive, Ashab Al Yamim ne dispose d’aucun canal Telegram, d’aucun compte sur les réseaux sociaux et d’aucun historique de revendications. C’est inhabituel. La plupart des organisations militantes, même les plus petites, cultivent une présence numérique avant ou parallèlement à leurs opérations. Ashab Al Yamim a sauté cette étape.
Ce que le groupe possède, c’est un logo que des analystes du renseignement ont relevé pour sa forte ressemblance avec ceux utilisés par des organisations soutenues par l’Iran. L’emblème représente une main tenant un fusil de précision Dragunov superposé sur un globe, une grammaire visuelle partagée par Kataib Hezbollah en Irak, le Hezbollah au Liban et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Iran. Le Dragunov est un fusil de précision semi-automatique d’origine soviétique courant dans les zones de conflit au Moyen-Orient, mais bien plus rare en Europe.
Plus révélateur encore que le logo est le schéma de diffusion. Les vidéos de chaque attaque sont apparues rapidement sur des canaux Telegram de l’axe chiite associés au Hezbollah et au CGRI, alors même que le groupe ne disposait d’aucun canal propre. Cela suggère soit une coordination directe avec des réseaux existants, soit, au minimum, une chaîne d’approvisionnement pour la propagande qui transite par une infrastructure alignée sur l’Iran.
Rien de tout cela ne constitue la preuve d’une direction d’État iranienne. Il s’agit d’indices circonstanciels, et les agences de renseignement n’ont pas publiquement attribué les attaques à Téhéran. Mais le schéma observé (un groupe sans historique, sans empreinte numérique indépendante, dont les logos reproduisent ceux des milices supplétives iraniennes, et dont les vidéos apparaissent sur des canaux alignés sur l’Iran) est cohérent avec les signatures opérationnelles de groupes ayant reçu le soutien du réseau d’opérations extérieures du CGRI.
Le contexte général
Ces attaques ne se sont pas produites dans le vide. Les incidents antisémites à travers l’Europe ont augmenté de façon soutenue depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, la guerre qui a suivi à Gaza, et la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran lancée en mars 2026. La communauté juive belge, qui compte environ 50 000 personnes, a signalé des incidents hebdomadaires d’abus verbaux, d’intimidations, de violences physiques et de tags, selon des organisations communautaires citées par l’Algemeiner.
Cette vague ne se limite pas à l’Europe. Aux États-Unis, un homme originaire du Liban a attaqué une synagogue dans le Michigan le 12 mars, le même jour que l’incident en Grèce. Le Canada a également signalé une montée des menaces contre les institutions juives. L’ONU a évoqué cette tendance lors de son briefing du 13 mars.
Ce qui distingue la campagne d’Ashab Al Yamim de la tendance générale, c’est la coordination. Les attaques antisémites individuelles, aussi odieuses soient-elles, tendent à être opportunistes. Un groupe revendiquant quatre attaques dans trois pays en cinq jours, avec une identité visuelle et des méthodes opérationnelles cohérentes, représente quelque chose de qualitativement différent : une campagne organisée dotée d’une capacité logistique réelle. Comme Art of Truth l’a précédemment couvert, la question de savoir si l’Europe peut rester à l’écart des conflits impliquant ses alliés est un fil conducteur depuis le début de la campagne contre l’Iran.
Ce que font les autorités
Les procureurs belges spécialisés dans la criminalité organisée et le terrorisme mènent l’enquête sur l’attentat de Liège. La police néerlandaise détient quatre suspects en garde à vue pour l’attaque de Rotterdam et analyse les images de vidéosurveillance d’Amsterdam. Les autorités grecques n’ont publiquement identifié aucun suspect, n’ont nommé aucune cible et n’ont confirmé aucune méthode d’attaque concernant l’incident en Grèce. Aucune conférence de presse ni déclaration officielle n’a été publiée à la date de rédaction.
La sécurité a été renforcée dans les institutions juives à travers l’Europe, même si les mesures concrètes prises n’ont pas été largement divulguées. Le gouvernement néerlandais devrait revoir ses protocoles de sécurité pour les sites de la communauté juive. La Commission européenne et les gouvernements nationaux ont condamné les attaques.
Si le lien avec le Hezbollah venait à être confirmé, les implications seraient considérables. Les gouvernements européens ont passé des années à débattre de l’opportunité et des modalités d’une proscription de l’aile militaire du Hezbollah, tout en maintenant un contact diplomatique avec son appareil politique. Le gouvernement libanais lui-même a récemment pris des mesures pour interdire les opérations militaires du Hezbollah après une violation du cessez-le-feu. Des preuves qu’un groupe lié à l’Iran dirige des attaques sur le sol européen réduiraient considérablement l’espace de cette distinction.
Ce qui demeure inconnu
Les questions cruciales restent sans réponse. Ashab Al Yamim est-il un groupe indépendant inspiré du modèle des milices supplétives iraniennes, ou une façade pour une organisation existante ? Les adolescents arrêtés à Rotterdam étaient-ils des opérateurs recrutés ou des individus radicalisés qui ont adopté l’identité visuelle du groupe ? La capacité opérationnelle du groupe se limite-t-elle aux engins incendiaires, ou représente-t-il une menace plus grave ? Quelle était la nature de l’attaque en Grèce ?
La rapidité de la campagne (quatre attaques en cinq jours dans plusieurs pays) suggère un niveau de planification que les groupes spontanés n’atteignent généralement pas. L’utilisation d’une image de marque cohérente suggère une communication centralisée. Le ciblage spécifique des institutions juives, plutôt que des intérêts de l’État israélien, suggère un agenda antisémite qui va au-delà de la protestation géopolitique.
Les services de renseignement européens devront déterminer si les attaques de cette semaine constituaient une démonstration ponctuelle ou la phase d’ouverture d’une menace plus durable. La réponse permettra de savoir si la posture sécuritaire actuelle est adéquate ou si le continent est confronté à une nouvelle catégorie de menace.



